Cyclotourisme en Bulgarie : entretien avec Stoyan Petrov, cycliste sur les routes du Giro

Stoyan Petrov, cyclotouriste bulgare francophone basé à Sofia, partage 20 ans d'expérience sur les routes des Balkans. À l'occasion du Giro d'Italia 2026, il décrypte les meilleures étapes pour pédaler en Bulgarie.

C’est dans un petit atelier vélo du quartier de Lozenets, à Sofia, que nous retrouvons Stoyan Petrov en cette fin d’après-midi de mai. Demain à l’aube, le Giro d’Italia 2026 s’élancera de Nessebar pour son grand retour en Bulgarie, et Stoyan a le sourire de celui qui sait que son pays va enfin recevoir l’attention qu’il mérite. Derrière lui, des cadres en carbone alignés contre le mur, des roues qui sèchent après une sortie matinale dans les contreforts du Vitosha, l’odeur familière du café turc et de la graisse à chaîne. Stoyan a posé son casque sur la table, sa veste de club encore humide. À cinquante ans, il pédale tous les jours.

Né à Plovdiv en 1976, ce cyclotouriste passionné a fondé en 2010 un club cycliste à Sofia qui rassemble aujourd’hui une centaine de membres, dont une poignée de Français installés en Bulgarie. Vingt ans qu’il sillonne les routes des Balkans, des cols boueux des Rhodopes aux longues lignes droites de la côte mer Noire. Il a roulé chacune des trois étapes du Giro 2026 plusieurs fois, parfois en groupe, parfois seul. Quand on lui demande pourquoi le français, il rit : « j’ai fait ma première cyclosportive dans les Pyrénées en 2008, je suis tombé amoureux du Tourmalet et de la langue française dans le même week-end. Depuis, je revois mes amis cyclistes du Sud-Ouest tous les deux ans. »

Cette interview rassemble les éléments saillants d’échanges menés avec plusieurs cyclotouristes bulgares francophones. Stoyan Petrov est un personnage éditorial représentatif de leur expertise collective.

Stoyan Petrov, cyclotouriste bulgare

Stoyan Petrov

Cyclotouriste, fondateur de club cycliste, Sofia

Stoyan Petrov pédale sur les routes de Bulgarie depuis 2005. Il a fondé un club cycliste à Sofia et roulé plusieurs fois chacune des trois étapes du Giro d'Italia 2026. Francophone, il accompagne occasionnellement des groupes étrangers sur les cols des Balkans. Portrait éditorial.


Pourquoi le Giro 2026 démarre-t-il en Bulgarie ?

Camille : Stoyan, le Giro d'Italia s'élance demain depuis Nessebar pour trois étapes en Bulgarie. Pour un cycliste local comme vous, qu'est-ce que cela représente vraiment ? Est-ce une surprise, une consécration, ou simplement un coup marketing du Giro ?
Stoyan : Soyons honnêtes : ce n'est ni un hasard ni un coup marketing pur. Cela faisait plus de quinze ans que la fédération bulgare et l'Office du tourisme travaillaient à attirer un grand départ. Le Giro a déjà fait son Grande Partenza en Hongrie en 2022, en Israël en 2018, aux Pays-Bas avant ça. La logique RCS Sport est claire : élargir l'audience du Giro vers les marchés émergents, et la Bulgarie est devenue, depuis l'entrée dans l'Union européenne en 2007 et l'adoption de l'euro en 2025, un terrain de chasse touristique très intéressant pour les Italiens et les Européens du Nord.

Mais au-delà de la mécanique économique, il y a une vérité géographique : la Bulgarie est un terrain rêvé pour le cyclisme. Nous avons des montagnes pour les grimpeurs (Rila, Pirin, Balkan), des plaines pour les sprinters (vallée de la Maritsa, Dobroudja), une côte vallonnée pour les puncheurs (mer Noire entre Burgas et Varna), et un climat tempéré idéal en mai. Demandez à n’importe quel coureur professionnel qui est venu reconnaître le parcours : ils sont rentrés bluffés.

Pour nous cyclistes locaux, c’est une forme de consécration, oui. Quand j’ai commencé à rouler en 2005, on était trois pelés sur la route de Sofia à Pernik. Aujourd’hui, on est des centaines chaque dimanche matin. Le Giro qui passe sous nos fenêtres, c’est la validation que la Bulgarie est devenue un vrai pays cycliste. Pour comprendre l’ampleur de l’événement, je conseille de lire en parallèle le guide complet du Giro d’Italia 2026 en Bulgarie qui détaille les trois étapes étape par étape.


Comment décrivez-vous les trois étapes bulgares vues d’un cycliste local ?

Camille : Vous avez roulé chacune des trois étapes plusieurs fois. Si vous deviez les décrire à un cyclotouriste français qui vient les pédaler en touriste après le passage des pros, comment les présenteriez-vous ?
Stoyan : Étape 1, Nessebar-Burgas par la côte mer Noire. C'est la plus accessible : 178 kilomètres, peu de dénivelé, des paysages côtiers magnifiques. Le piège, c'est le vent. Quand le meltémi descend des steppes ukrainiennes, il peut transformer une étape de plat en calvaire. Pour un cyclotouriste, je conseille de la faire en deux jours, avec une nuit à Pomorie pour goûter le vin local et voir la lagune des flamants roses. Profitez-en pour explorer les [plages de la mer Noire en Bulgarie](/guide/plages-mer-noire-bulgarie/) à votre rythme — c'est un des grands plaisirs du cyclotourisme côtier.

Étape 2, Burgas-Veliko Tarnovo. C’est l’étape diagonale, 245 kilomètres, qui traverse le pays du sud-est au nord-centre. Pour les pros c’est une étape de transition, pour nous c’est l’étape la plus authentique : on traverse la Bulgarie profonde, des villages où le temps s’est arrêté, des champs de tournesols à perte de vue, le passage du Stara Planina (massif des Balkans) par le col de Shipka. Le Shipka, c’est sacré pour les Bulgares — c’est là que nous avons reconquis notre indépendance contre l’Empire ottoman en 1877. Le mémorial au sommet est émouvant. Pour un cyclotouriste, comptez trois jours minimum pour cette étape, avec des nuits à Sliven et au pied de Shipka.

Étape 3, Veliko Tarnovo-Sofia avec passage par le col de Borovets. C’est la reine des trois. 198 kilomètres, mais surtout 3 200 mètres de dénivelé positif cumulé. Les pros vont monter Borovets à 35 km/h, nous on le fait à 12 km/h, et on prend tout autant de plaisir parce qu’on a le temps de regarder. Le passage par Koprivshtitsa, le village classé monument national, vaut à lui seul le détour. À Sofia, l’arrivée se fait devant la cathédrale Alexandre Nevski — émotion garantie.


Quels sont les pièges des routes bulgares pour un cycliste étranger ?

Camille : On entend tout et son contraire sur la qualité des routes bulgares et le comportement des conducteurs. Qu'est-ce qui est vrai, qu'est-ce qui est exagéré ? Quels conseils donneriez-vous à un cyclotouriste français qui débarque pour la première fois ?
Stoyan : Soyons honnêtes : il y a vingt ans, c'était l'enfer. Routes défoncées, automobilistes alcoolisés, chiens errants… Aujourd'hui, c'est un autre pays. Les routes secondaires (numérotées en 3 chiffres) sont globalement très correctes, parfois même excellentes parce qu'elles ont été refaites avec des fonds européens entre 2014 et 2024. Les axes principaux entre grandes villes sont en très bon état. Ce qu'il faut éviter à vélo, ce sont les autoroutes (interdites de toute façon) et les axes nationaux à deux fois deux voies sans bande d'arrêt d'urgence comme la E80 entre Sofia et Plovdiv. Préférez la vieille route parallèle, plus longue mais beaucoup plus sûre.

Le comportement des conducteurs, c’est une autre histoire. Les Bulgares conduisent vite, parfois agressivement en ville, mais ils respectent globalement les cyclistes en zone rurale. Le danger vient surtout des camions sur les axes lourds, et des conducteurs qui doublent en 3e catégorie de virage en montagne. Mon conseil : un feu arrière allumé en permanence, même en plein jour. C’est obligatoire en Bulgarie depuis 2018, et c’est ce qui sauve des vies.

Concernant les chiens errants, le problème a beaucoup diminué grâce aux campagnes de stérilisation. Mais en zones rurales reculées (Strandja, certains coins des Rhodopes), il faut rester vigilant. La technique : ne jamais accélérer en panique — les chiens ont l’instinct de poursuite. Mettez pied à terre, faites face, parlez fort. Ça marche dans 95 % des cas. Pour le reste, un petit spray répulsif au poivre dans la sacoche peut rassurer.

Dernier point souvent négligé : les distances et les ravitaillements. Sur certaines portions des Rhodopes ou du nord-ouest, vous pouvez rouler 40 kilomètres sans croiser un commerce ouvert. Prévoyez toujours deux bidons pleins et de quoi manger pour deux heures. Les fontaines publiques (chesma) en montagne fournissent une eau excellente, gratuite et fraîche — c’est l’une des grandes joies du cyclotourisme en Bulgarie.


Quels sont les cols incontournables hors parcours du Giro ?

Camille : Le Giro propose Borovets et Shipka. Mais pour un cyclotouriste qui vient passer une semaine en Bulgarie sans contrainte, quels sont les cols qu'il faut absolument grimper ? Vos coups de cœur personnels après 20 ans de pratique ?
Stoyan : Je vais être un peu chauvin : le col de Petrohan, dans le massif du Stara Planina occidental, à une heure et demie au nord de Sofia. 1 444 mètres d'altitude, 18 kilomètres d'ascension régulière à 5,5 % depuis Berkovitsa. Le revêtement est parfait, le trafic quasi inexistant en semaine, le panorama au sommet sur le massif et la vallée du Danube est saisissant. C'est mon col de prédilection pour les sorties d'entraînement.

Plus au sud, le col de Predel entre Bansko et Simitli, c’est la porte d’entrée du massif du Pirin. 1 142 mètres, plus court que Petrohan mais avec des pentes plus marquées dans la dernière partie. Combiné avec la descente vers Bansko et la station thermale de Sandanski, c’est une journée de cyclotourisme exceptionnelle.

Dans les Rhodopes du Sud, je recommande absolument la boucle des trois cols : Smolyan-Pamporovo-Devin. C’est une traversée de 90 kilomètres avec 2 100 mètres de dénivelé positif, dans un univers de forêts de conifères, de gorges calcaires et de villages traditionnels. La grotte du Diable et les gorges du Trigrad sont à 20 minutes du parcours — il faut absolument prendre le temps de s’y arrêter. Pour explorer cette région autrement qu’à vélo, l’option autotour en Bulgarie reste imbattable, mais à vélo c’est encore mieux.

Enfin, pour les amateurs de défi : le col de Beklemeto, 1 525 mètres, dans le massif central du Stara Planina. 35 kilomètres d’ascension par le versant sud depuis Karlovo. C’est notre Mont Ventoux à nous : long, dur, magnifique. Le club de Sofia organise une cyclosportive chaque année en juillet, ouverte aux étrangers. Si vous cherchez un objectif sportif pour votre voyage en Bulgarie, c’est celui-là.

Cycliste sur la route du col de Petrohan dans les Balkans bulgares


Comment se loger et se ravitailler quand on pédale en Bulgarie ?

Camille : La question de l'hébergement est centrale en cyclotourisme. Camping sauvage, maisons d'hôtes, hôtels bike-friendly, monastères ? Comment fait un cyclotouriste qui veut traverser la Bulgarie en deux semaines ?
Stoyan : Il y a une vraie spécificité bulgare : le réseau de kashta gosti, les maisons d'hôtes traditionnelles. Vous en trouvez dans tous les villages un peu touristiques des Rhodopes, des Balkans, autour des grands monastères. C'est tenu par des familles, on mange à la table commune, on dort dans une chambre simple mais propre, et ça coûte entre 25 et 40 euros la nuit petit-déjeuner inclus. Pour un cyclotouriste, c'est l'option idéale : on dort bien, on mange copieusement, on rencontre les locaux, et le vélo est en sécurité dans la cour ou la grange.

Les monastères orthodoxes accueillent aussi les voyageurs, c’est une tradition millénaire. Rila, Bachkovo, Troyan, Rozhen, Glozhene — tous ont des cellules pour les pèlerins, transformées en chambres simples pour les visiteurs. Compter 15-25 euros la nuit, parfois moins. Le silence du soir, les vêpres chantées, le levain frais du matin — c’est une expérience inoubliable. Réservation par téléphone uniquement, et soyez respectueux des règles (tenue correcte, pas de bruit après 22 heures).

Pour les hôtels labellisés bike-friendly, le réseau est encore embryonnaire mais en développement. À Sofia, le Sense Hotel et le Hilton ont des consignes vélo sécurisées. À Plovdiv, le Imperial et le Park Hotel Sankt Peterburg accueillent volontiers les cyclistes. Sur la côte mer Noire, les hôtels de Pomorie et Sozopol sont bien équipés. Comptez 60-100 euros la nuit dans cette catégorie. Pour un voyage qui combine plusieurs régions, je conseille le format circuits Bulgarie avec étapes pré-réservées.

Le camping sauvage est toléré mais pas formellement légal. Dans les zones rurales reculées, personne ne vous embêtera si vous campez discrètement et que vous ne laissez aucune trace. Mais évitez les abords des grandes routes et les parcs nationaux où c’est strictement interdit. Pour ceux qui veulent organiser plus précisément leur séjour, le guide pratique pour partir en Bulgarie en 2026 couvre toutes les questions logistiques.

Côté ravitaillement, la Bulgarie est un paradis. Tous les villages ont une magaza (épicerie) qui ouvre dès 7 heures du matin et ferme tard. Vous trouvez du pain frais, du yaourt bulgare (le vrai, fermenté pendant 12 heures, exceptionnel), des charcuteries locales (lukanka, kavarma), des fromages de brebis. Les prix sont 30-50 % moins chers qu’en France. Une journée complète de cyclotouriste en Bulgarie coûte rarement plus de 40 euros tout compris (logement, repas, ravitaillement).


Que mange et que boit un cycliste bulgare ?

Camille : La cuisine bulgare est encore mal connue en France. Qu'est-ce qu'un cyclotouriste doit absolument goûter pour bien récupérer ? Et qu'est-ce qu'il doit éviter avant une grosse étape ?
Stoyan : Le yaourt bulgare, sans hésitation, c'est la pierre angulaire de la récupération du cycliste local. Ce n'est pas un yaourt comme les vôtres : il est fermenté avec la souche Lactobacillus bulgaricus, découverte ici au début du 20e siècle. Il est plus acide, plus crémeux, plus protéiné. Au petit-déjeuner avec du miel et des noix, c'est imbattable. En milieu de journée, avec des concombres et de l'aneth, ça devient le tarator (soupe froide), parfait après une étape chaude.

Pour les glucides, le banitsa (feuilleté au fromage blanc et aux œufs) est la pâtisserie nationale. On en mange au petit-déjeuner ou en collation. C’est riche, c’est gras, c’est exactement ce qu’il faut pour repartir. Le mlin, son cousin moins connu, à la viande hachée, est aussi excellent. Les marchés (pazar) en regorgent à toute heure.

Pour les repas du soir, après une grosse journée, je recommande toujours la kavarma (ragoût de porc ou de poulet avec légumes et vin) ou le kebapche (saucisses grillées) avec une shopska salata (tomates, concombres, fromage de brebis sirene râpé). C’est l’assiette parfaite du cyclotouriste : protéines, légumes frais, féculents (avec du pain), graisses bonnes. Pour découvrir la cuisine en profondeur, voir le guide de la gastronomie bulgare — c’est un voyage à part entière.

À éviter avant une grosse étape : la chorba (soupe acide aux tripes ou à la lentille) qui peut être lourde, et bien sûr la rakia, l’eau-de-vie locale à 40 degrés. Une blague locale dit que la rakia est interdite aux cyclistes — en réalité, beaucoup en boivent un petit verre le soir, tradition oblige, mais jamais avant ou pendant l’effort. Si vous voulez l’expérience culturelle complète, gardez la dégustation pour le soir d’arrivée. Les rakia de prune (slivovitsa) et de raisin (grozdova) sont les plus douces.

Pour l’hydratation en route, l’eau du robinet est partout potable en Bulgarie. Les fontaines publiques en montagne fournissent une eau de source de qualité exceptionnelle. Évitez les sodas industriels et préférez l’ayran (yaourt liquide salé) ou le boza (boisson fermentée à base de céréales) qu’on trouve dans toutes les boulangeries. C’est étrange au premier abord pour un Français, mais c’est très efficace pour la récupération.


En quoi le cyclotourisme balkanique diffère-t-il de l’Europe de l’Ouest ?

Camille : Vous avez roulé en France, en Italie, en Espagne. Qu'est-ce qui change vraiment quand on pédale dans les Balkans plutôt qu'en Europe de l'Ouest ? Et qu'est-ce qui peut surprendre, en bien ou en mal, un cyclotouriste français habitué aux Pyrénées ou aux Alpes ?
Stoyan : La première différence, c'est la solitude des routes. En France ou en Italie, le dimanche matin sur les cols vous croisez 50 cyclistes à l'heure. En Bulgarie, vous pouvez monter Petrohan ou Predel un samedi de juin et croiser trois personnes en quatre heures. C'est à la fois magique — vous avez la montagne pour vous — et un peu inquiétant si vous crevez en zone reculée. D'où l'importance d'un téléphone chargé, d'une trousse de réparation complète et idéalement d'un ami qui sait où vous êtes.

La deuxième différence, c’est le coût. La Bulgarie reste, malgré l’adoption de l’euro en 2025, l’un des pays les moins chers d’Europe. Une journée complète à vélo (logement, repas, café, eau) tourne autour de 40-50 euros. En France ou en Italie, c’est 80-100 euros minimum. Sur deux semaines, la différence est énorme. Et la qualité ne s’en ressent pas : les maisons d’hôtes sont propres, la nourriture est excellente, l’accueil est chaleureux.

Troisième différence, plus subtile : la culture du cyclisme. En France, vous êtes dans un pays cycliste depuis 120 ans. Tout le monde connaît le Tour, tout le monde respecte les vélos. En Bulgarie, on est en train de construire cette culture. Les automobilistes sont parfois maladroits avec les cyclistes — pas hostiles, juste pas habitués. Cela évolue très vite. Le Giro 2026 va accélérer le mouvement, c’est sûr.

Ce qui surprend en bien : le silence des routes secondaires, la qualité de la nourriture pour le prix, la beauté brute des paysages — pas encore aseptisée par le tourisme de masse. Ce qui peut décevoir : le manque d’infrastructures spécifiques cyclistes (peu de pistes cyclables, peu de panneaux directionnels pour vélos), même si Sofia et Plovdiv rattrapent leur retard.

Pour un Français habitué aux Pyrénées, je recommande une approche différente : ne cherchez pas à reproduire votre expérience française. Acceptez la lenteur, la rusticité, l’imprévu. C’est ce qui rend le cyclotourisme balkanique si particulier. Pour le contexte écotouristique général, je recommande vraiment de consulter Verygreentrip, un site spécialisé dans les voyages durables en Europe de l’Est, qui partage cette approche slow travel.


Quelles régions sont sous-cotées par les cyclistes étrangers ?

Camille : Les Rhodopes, le Pirin, la mer Noire — tout ça commence à figurer dans les guides. Mais quelles régions de Bulgarie restent encore sous le radar, et que vous adorez personnellement ? Vos pépites secrètes ?
Stoyan : Le nord-ouest, sans hésitation. Triangle Vidin-Belogradchik-Montana. C'est notre frontière avec la Roumanie et la Serbie, longtemps abandonnée par le tourisme parce que la région a souffert économiquement après 1989. Aujourd'hui, c'est un terrain extraordinaire pour le vélo : routes vides, formations rocheuses spectaculaires (les rochers de Belogradchik, classés monument naturel), forteresses ottomanes, vignobles oubliés, monastères perdus. Les températures sont aussi plus douces qu'au sud en plein été.

Les vignobles de Melnik, dans le sud-ouest. Le plus petit village de Bulgarie, niché entre des pyramides de sable blanc, et tout autour des vignobles produisant le Shiroka Melnishka Loza, un cépage unique au monde. À vélo, on peut faire le tour des caves familiales en deux jours, dormir dans les maisons d’hôtes traditionnelles, déguster un vin que Churchill faisait livrer à Londres pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est l’une des plus belles boucles cyclotouristiques du pays.

La région de Roussé sur le Danube. Une ville austro-hongroise étonnante au nord du pays, façades néoclassiques, théâtre d’opéra, boulevard qui rappelle Vienne. À 20 minutes, le complexe rupestre d’Ivanovo (monastères byzantins creusés dans la falaise, classés UNESCO) est l’un des sites les moins fréquentés du pays. À vélo, on suit la véloroute EuroVelo 6 sur les rives du Danube — c’est plat, c’est vert, c’est paisible.

Enfin, la Strandja, à l’extrême sud-est, sur la frontière turque. C’est notre dernière vraie frontière sauvage : forêts millénaires, villages traditionnels où l’on pratique encore le rituel du nestinari (danse sur les braises), plages désertes vers le sud. Les routes sont étroites, mal indiquées, mais magiques. Pour ceux qui cherchent à comprendre la Bulgarie profonde, c’est là qu’il faut aller. Combinez ça avec un détour par Sofia, qu’on visite très bien à vélo sur 2-3 jours, et vous avez un voyage qui sort vraiment du cadre.

Cyclistes en pause dans un village bulgare des Rhodopes avec maisons traditionnelles


La sortie idéale à faire faire à un cycliste français ?

Camille : Imaginez : un cyclotouriste français vous appelle, il a quatre jours libres, il veut une expérience inoubliable. Vous lui proposez quoi, concrètement ?
Stoyan : Je lui propose la boucle Sofia-Rila-Melnik-Bansko-Sofia, en quatre jours, environ 380 kilomètres avec 5 500 mètres de dénivelé positif. C'est faisable pour un cyclotouriste entraîné, c'est une explosion de paysages, c'est culturellement riche, c'est gastronomiquement excellent.

Jour 1 : Sofia-monastère de Rila, 120 kilomètres. Sortie par la vallée de la Struma, montée progressive vers le massif de Rila. Nuit dans une cellule du monastère ou dans une maison d’hôtes du village voisin. Visite du monastère le soir au coucher du soleil — c’est magique.

Jour 2 : Rila-Melnik par le col de Predel. 95 kilomètres, ascension matinale puis descente vers la vallée de la Struma. Nuit à Melnik dans une maison d’hôtes traditionnelle, dégustation de vin à la cave Mitko Manolev ou Kordopulov.

Jour 3 : Melnik-Bansko par la route panoramique du Pirin. 80 kilomètres avec une montée splendide vers Razlog. Bansko est notre station de ski l’hiver, mais en mai elle est calme et idéale pour récupérer. Spa, gastronomie, vue sur le massif du Pirin.

Jour 4 : Bansko-Sofia par la vallée de la Mesta puis Borovets. 85 kilomètres avec le col de Borovets pour finir, l’étape reine du Giro 2026. Arrivée à Sofia en fin d’après-midi, célébration au restaurant Made in Home dans le centre-ville. Soyons clairs : à la fin de cette boucle, vous savez pourquoi le cyclotourisme en Bulgarie est unique. Pour les francophones qui veulent prolonger l’expérience dans la région des Balkans, Bulgarievoyages propose des circuits francophones très bien conçus. On peut aussi alterner avec des sorties moins sportives en utilisant les paysages incontournables de Bulgarie comme fil rouge visuel.


Questions rapides — les idées reçues sur le cyclotourisme bulgare

Camille : Pour finir, quelques affirmations qu'on entend régulièrement sur le cyclotourisme en Bulgarie. Vous me dites vrai, faux, ou nuancé ?
Stoyan : « Les routes bulgares sont dans un état catastrophique. » Faux, depuis dix ans. Les routes secondaires sont bonnes, parfois excellentes. Évitez juste les axes nationaux saturés.

« Il n’y a pas de cyclistes en Bulgarie. » Faux, mais il faut savoir où chercher. Sofia, Plovdiv, Varna ont des clubs actifs. Le dimanche matin sur Vitosha, on est plusieurs centaines.

« Il faut absolument des pneus 32 mm minimum. » Nuancé. Sur les axes principaux et la côte mer Noire, 28 mm suffisent largement. Pour les routes de montagne secondaires et les petites routes des Rhodopes, 32 mm c’est plus confortable. Pour le gravel mixte, 40 mm.

« Sofia est dangereuse à vélo. » Nuancé. Le centre-ville historique est compliqué (pavés, trafic, peu de pistes), les boulevards modernes sont OK avec un peu d’expérience urbaine. La sortie vers Vitosha est sécurisée, sortie vers Pernik moins.

« On peut camper partout en Bulgarie. » Faux nuancé. Le camping sauvage est toléré en zones rurales mais pas légal. Dans les parcs nationaux et les zones protégées, c’est strictement interdit avec amende.

« Le rakia est interdit aux cyclistes. » Blague locale. Évidemment qu’il n’est pas interdit, mais buvez-le après l’effort, pas avant. Un petit verre le soir avec les hôtes fait partie de l’expérience.

« Les Bulgares ne parlent pas français. » Vrai dans l’ensemble, mais l’anglais est largement répandu chez les jeunes générations et dans les zones touristiques. La culture francophone reste forte chez les plus de 50 ans, héritage de l’enseignement scolaire d’avant 1989.


Conclusion — les trois choses à retenir

Stoyan : Si je devais résumer mon message pour un cyclotouriste français qui hésite à venir pédaler en Bulgarie après ce Giro 2026, je dirais trois choses.

Premièrement, venez sans peur, mais avec préparation. La Bulgarie est sûre, les routes sont bonnes, l’accueil est chaleureux. Mais c’est un terrain plus rustique que l’Europe de l’Ouest : prévoyez votre matériel, vos étapes, vos hébergements. L’improvisation totale est risquée, le voyage organisé en autonomie est magique.

Deuxièmement, privilégiez les routes secondaires et la lenteur. La beauté de la Bulgarie cycliste est dans ses petites routes, ses villages perdus, ses cols silencieux. Si vous restez sur les axes principaux, vous passez à côté de l’essentiel. Acceptez de faire moins de kilomètres mais de vivre plus d’expériences.

Troisièmement, laissez-vous porter par la culture. Le yaourt du matin, le banitsa de 10 heures, le tarator de midi, le rakia du soir avec les hôtes, les chants orthodoxes du dimanche, les kukeri du carnaval — tout cela fait partie du cyclotourisme bulgare autant que les cols et les paysages. Le vélo est un prétexte pour entrer dans une culture millénaire.

Le Giro 2026 ouvre une porte. À vous de la franchir. Et si vous venez, écrivez-moi à Sofia — il y aura toujours un café turc et une route silencieuse pour vous accueillir.


Questions fréquentes

Quelle est la meilleure période pour faire du cyclotourisme en Bulgarie ?

Mai-juin et septembre-octobre offrent le meilleur compromis : températures douces (15-25°C), routes sèches, foules réduites. L'été en altitude (Rila, Pirin, Rhodopes) reste agréable. L'hiver est à éviter sauf pour la côte mer Noire.

Les routes bulgares sont-elles adaptées au cyclotourisme ?

Les routes secondaires sont globalement bonnes et peu fréquentées. Les axes principaux (Sofia-Plovdiv, côte mer Noire) ont une circulation soutenue. Les voies vertes sont rares mais en développement, notamment autour de Plovdiv et Sofia.

Quels sont les cols incontournables pour les cyclistes en Bulgarie ?

Le col de Borovets (étape 3 du Giro 2026), le col de Petrohan (Balkans occidentaux), le col de Shipka (Balkans centraux, mémoriel) et les cols des Rhodopes du Sud (Smolyan, Devin) sont les plus emblématiques.

Existe-t-il des hébergements adaptés aux cyclotouristes en Bulgarie ?

Oui, le réseau de maisons d'hôtes (kashta) et de monastères-gîtes accueille volontiers les cyclistes. Sofia et Plovdiv ont quelques hôtels labellisés bike-friendly. Prévoir 25-50 euros la nuit selon la zone.

Comment transporter son vélo en Bulgarie ?

En avion, vol direct vers Sofia ou Burgas (frais bagage spécial vélo : 50-100 euros aller). En train depuis l'Europe centrale via Belgrade ou Bucarest. Location de vélos route et VTT disponible à Sofia, Plovdiv et sur la côte mer Noire.