Sommaire
- Qu’est-ce que la voie étroite des Rhodopes ?
- Horaires et prix 2026 : tout savoir avant de monter à bord
- Les étapes incontournables entre Septemvri et Dobrinishte
- Quelle saison choisir pour ce voyage en train ?
- Comment organiser son trajet depuis Sofia ?
- Nos conseils pratiques pour profiter du paysage
- Où prolonger le voyage dans les Rhodopes ?
- En résumé : pourquoi prendre ce train ?
Le train des Rhodopes relie Septemvri à Dobrinishte en 4 h 30 à 5 h pour environ 3,30 € l’aller simple. C’est l’une des dernières voies étroites encore en service dans les Balkans, et l’un des voyages ferroviaires les plus spectaculaires d’Europe de l’Est : 125 kilomètres de lacets à flanc de montagne, des ponts en pierre, des villages suspendus et des paysages qui passent du soleil de Thrace aux forêts des Rhodopes en quelques heures. Voici tout ce qu’il faut savoir pour le prendre en 2026.
Qu’est-ce que la voie étroite des Rhodopes ?
La ligne Septemvri–Dobrinishte est une voie ferrée à écartement métrique (760 mm, soit la moitié de la voie normale) qui grimpe des plaines de Thrace jusqu’à l’altitude de 1 267 mètres à Avramovo, la gare la plus haute des Balkans. Sa construction a commencé en 1921, le premier tronçon de montagne a ouvert en 1926, et la ligne complète n’a été achevée qu’après la Seconde Guerre mondiale, le 9 décembre 1945. Elle fête donc ses 80 ans d’exploitation continue dans les années 2020.
Exploitée par la compagnie nationale bulgare BDZ, la ligne assure encore un vrai service quotidien pour les habitants des vallées reculées : écoliers, commerçants, femmes transportant des sacs de provisions vers les hameaux. Ce n’est pas un train touristique reconstitué : c’est un bout de vie bulgare authentique, ce qui explique son charme incomparable. La ligne traverse trois régions distinctes — la Thrace, les Rhodopes et le Pirin — et les passagers voient le paysage changer au fil des heures : vergers puis forêts, villages à toits rouges puis pâturages d’altitude.
L’écartement métrique n’est pas qu’une curiosité technique : il permet au train de négocier des courbes beaucoup plus serrées qu’une voie normale, d’où ces lacets spectaculaires où la locomotive semble poursuivre sa propre queue. Les ingénieurs ont aussi dû vaincre des dénivelés considérables grâce à des boucles de retournement et à un pont en pierre à double étage célèbre chez les ferrovipathes. Certains tronçons passent plusieurs fois à la verticale les uns des autres : la vue depuis le train révèle la ligne qu’on a parcourue une demi-heure plus tôt, cent mètres plus bas.
La survie de cette ligne relève presque du miracle. Écartée des grands axes modernisés après la guerre froide, elle a frôlé la fermeture à plusieurs reprises, sauvée chaque fois par son rôle social irremplaçable et par une mobilisation d’amateurs de patrimoine ferroviaire, bulgares et étrangers. Des associations organisent chaque année des circulations spéciales avec locomotives historiques, et la ligne figure régulièrement dans les classements des plus beaux trajets ferroviaires d’Europe. La BDZ a par ailleurs annoncé des travaux de rénovation progressive des voitures, pour conforter le service dans les années à venir.
Horaires et prix 2026 : tout savoir avant de monter à bord
En septembre 2026, la BDZ fait circuler quatre trains par jour et par sens sur la ligne. Les horaires relevés sur le site officiel de la compagnie (razpisanie.bdz.bg) donnent le tableau suivant :
| Train | Départ Septemvri | Arrivée Dobrinishte | Durée | Remarque |
|---|---|---|---|---|
| 16101 | 05:00 | 09:47 | 4 h 47 | idéal pour l’aube en montagne |
| 16103 | 08:55 | 13:47 | 4 h 52 | bon compromis matinée |
| 16105 | 12:45 | 17:07 | 4 h 22 | le plus rapide |
| 16107 | 15:45 | 20:17 | 4 h 32 | lumière dorée en fin de trajet |
Les billets restent d’un prix dérisoire : 6,50 BGN (environ 3,30 €) l’aller simple pour toute la ligne, et 11,70 BGN l’aller-retour (environ 6 €). Deux points pratiques à retenir :
- Achat en gare uniquement : les billets ne se vendent pas en ligne. Présentez-vous au guichet de Septemvri ou d’une gare intermédiaire un peu avant le départ, avec quelques leva en espèces par sécurité.
- Train rapide à réservation : la circulation rapide ICF 1661/1662 est signalée à réservation obligatoire ; si vous voyez ce code sur la fiche horaire, réservez à l’avance en gare ou privilégiez un autre départ.
Pour mettre ce trajet en perspective avec le reste du réseau ferroviaire bulgare — horaires, correspondances, comparaison avec le bus — notre guide détaillé sur se déplacer en Bulgarie en 2026 : bus, train ou voiture détaille les tarifs et les usages du réseau BDZ.
Les étapes incontournables entre Septemvri et Dobrinishte
Même si rien n’oblige à descendre du train, plusieurs gares méritent un arrêt prolongé, voire une nuit sur place :
- Septemvri : la porte d’entrée, au pied de la montagne, avec son dépôt de locomotives historiques.
- Velingrad : la plus grande station thermale des Balkans, à mi-parcours. Les sources chaudes, les spas et les hôtels d’époque en font une étape parfaite pour couper le trajet en deux. Notre article sur Velingrad et Hisarya, les villes thermales de Bulgarie, détaille les meilleures piscines et hébergements sur place.
- Avramovo : la gare la plus haute des Balkans (1 267 m), entourée de prairies d’altitude.
- Yakoruda : cœur de la vallée, célèbre pour son artisanat du bois et ses mosquées anciennes.
- Bansko : la grande station de ski et de randonnée du Pirin, terminus pratique pour beaucoup de voyageurs.
- Dobrinishte : le terminus, base de départ vers le lac de Bezbog et les sentiers du Pirin.
Beaucoup de voyageurs combinent le train avec plusieurs jours de randonnée dans les Rhodopes ou le Pirin. Notre interview d’un guide de montagne certifié donne des conseils de préparation utiles si vous envisagez de chausser les bottes après l’arrivée.
Petit conseil d’organisation : si vous n’avez qu’une journée, restez dans le train de bout en bout et gardez les étapes pour un prochain voyage ; si vous en avez deux ou trois, descendez à Velingrad pour une nuit thermale, reprenez le train le lendemain et terminez à Bansko ou Dobrinishte. C’est la formule que la plupart des voyageurs qui nous écrivent jugent la plus aboutie.
Quelle saison choisir pour ce voyage en train ?
La ligne circule toute l’année, et chaque saison dessine un visage différent des Rhodopes :
- Printemps (avril-mai) : rivières gonflées, prairies fleuries, villages qui reprennent vie. Le train est peu fréquenté par les touristes.
- Été (juin-août) : idéal pour combiner train, baignade à Velingrad et randonnées. Prévoyez de l’eau : les voitures anciennes ne sont pas toujours climatisées.
- Automne (septembre-octobre) : la rédaction considère cette saison comme la plus belle. Les feuillages dorés des forêts de hêtres, un ciel souvent limpide et une lumière rasante subliment les panoramas.
- Hiver (décembre-mars) : la ligne devient un train de la neige, prisé par les skieurs de Bansko. Un charme très différent, mais les retards s’accumulent parfois avec les intempéries.
Un dernier critère pèse lourd : la météo change vite en montagne. Même en été, emportez un pull ou une veste dans le train, car la montée d’altitude fait chuter la température de plusieurs degrés entre Septemvri et Avramovo. Et si vous photographiez, sachez que l’envers des tunnels alterne avec de courts éblouissements : réglez votre appareil en mode priorité vitesse pour ne pas rater les séquences de lumière.
Enfin, interrogez-vous sur le sens du trajet. Dans le sens Dobrinishte → Septemvri, la descente vers la plaine offre des vues plus ouvertes sur les vallées, tandis que la montée inverse privilégie les reliefs en contrebas et les ponts. Il n’y a pas de mauvais choix : seuls changent les points de vue.
Comment organiser son trajet depuis Sofia ?
Septemvri se situe à environ 100 kilomètres au sud-est de Sofia. La logistique est simple si vous anticipez deux ou trois points :
- Aller-retour en train depuis Sofia : des trains régionaux relient Sofia à Septemvri en 1 h 30 à 2 h. Prenez une marge de correspondance d’au moins 40 minutes : les retards sont fréquents sur le réseau bulgare, et une correspondance serrée avec une voie étroite qui ne passe que quatre fois par jour peut coûter cher.
- Option bus : des bus desservent Septemvri depuis la gare routière de Sofia ; c’est souvent plus rapide et plus fréquent que le train pour ce tronçon.
- En voiture : si vous louez une voiture, vous pouvez la garer à Septemvri et reprendre le train ; d’autres voyageurs préfèrent déposer la voiture à Bansko et faire le trajet en sens inverse, ce qui évite tout stress de correspondance au retour.
- Itinéraire en boucle : la solution la plus confortable consiste à faire Sofia → Septemvri le matin, le train jusqu’à Bansko ou Dobrinishte, puis à rayonner dans les Rhodopes et le Pirin pendant plusieurs jours avant de revenir par la route.
Quel que soit le mode choisi, téléchargez au préalable les horaires sur le site de la BDZ : ils changent à chaque saison et les jours fériés bulgares modifient les circulations. Le trajet complet demande une journée ; inutile donc d’espérer enchaîner avec une randonnée longue le jour même, sauf à descendre à mi-parcours et à raccourcir l’expérience. Si ce voyage vous donne envie d’explorer d’autres lignes mythiques du continent, le guide d’Eurail et Interrail pour voyager en train à travers l’Europe recense les plus beaux itinéraires ferroviaires du continent, du Portugal à la mer Noire.
Nos conseils pratiques pour profiter du paysage
Quelques réflexes simples transforment un bon trajet en grand souvenir :
- Choisissez votre côté : dans le sens Septemvri → Dobrinishte, privilégiez la droite du train (côté vallées) pour la première moitié du parcours, puis ne bougez plus : les plus beaux panoramas se succèdent des deux côtés dans la montée finale.
- Arrivez tôt en gare : les meilleures places près des fenêtres partent vite, surtout l’été et les week-ends.
- Emportez de quoi grignoter : il n’y a pas de wagon-restaurant. Les vendeurs ambulants montent parfois à certaines gares, mais ne comptez pas dessus.
- Chargez votre appareil photo : les fenêtres ouvrantes des vieilles voitures permettent des photos sans reflets, un luxe presque disparu des trains modernes.
- Respectez le service local : ce train est d’abord un outil de vie quotidien. Laissez les habitants prendre les meilleures places aux heures de pointe scolaires.
Pour les amateurs de photographie ferroviaire, deux créneaux se distinguent : le départ de 05:00, qui capte la brume matinale dans les vallées, et le départ de 15:45, qui aligne la traversée des gorges avec la lumière dorée de fin de journée. Évitez le milieu de journée en plein été, où le soleil vertical aplatit les reliefs. Et pensez à éteindre le flash : dans les tunnels nombreux de la montagne, il envenime les reflets sur la vitre.
Où prolonger le voyage dans les Rhodopes ?
À l’arrivée, le territoire des Rhodopes se prête à toutes les envies. Les amateurs de villages préservés partiront à la découverte de Shiroka Laka et des cités-musées de la Renaissance bulgare : notre sélection des 10 villages traditionnels bulgares incontournables en détaille les plus beaux, plusieurs accessibles depuis la ligne. Côté gastronomie, les Rhodopes regorgent de produits de montagne — fromages fumés de Zlatograd, miel de sapin, pommes de terre de Chepelare.
Si vous poursuivez vers la Thrace après le trajet, Plovdiv, la perle de la Thrace bulgare, se situe à moins d’une heure de Septemvri : la combinaison train des Rhodopes + vieille ville de Plovdiv en un week-end est l’un des circuits les plus rentables de Bulgarie.
Les voyageurs disposant de plus de temps peaufineront ce séjour en ajoutant deux ou trois étapes : une nuit thermale à Velingrad pour décompresser après le trajet, une ascension du Bezbog depuis Dobrinishte, et une soirée dans une méhana familiale pour goûter la gastronomie de montagne — la banitsa au fromage de brebis des Rhodopes mérite à elle seule le détour. C’est aussi l’occasion de découvrir le fameux chant de montagne bulgare, inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO, que l’on entend encore lors des fêtes villageoises de la région.
En résumé : pourquoi prendre ce train ?
Trois bonnes raisons suffisent. D’abord le prix : aucun autre voyage ferroviaire panoramique d’Europe ne coûte 3,30 €. Ensuite l’authenticité : pas de wagon-restauration factice, pas de haut-parleurs, juste une ligne vivante au service des montagnards. Enfin la beauté brute des paysages, du lever du soleil sur la Thrace aux pentes boisées du Pirin. Réservez une journée complète dans votre itinéraire, montez à Septemvri un matin de semaine, quand le train est encore presque vide, et laissez la voie étroite faire le reste.
Pour ceux qui hésiteraient encore : les Rhodopes sont la région la moins visitée de Bulgarie par les voyageurs francophones, et ce train en est la meilleure porte d’entrée. Mieux vaut y aller maintenant que dans dix ans, quand le bouche-à-oreille l’aura enfin révélé au grand public.


